Sud-Kivu : Des routes sont retombées dans l’oubli !

Les routes, prioritaires pour l’économie des provinces, sont en RD Congo, la dernière roue du carrosse… C’est le cas au Sud-Kivu où seuls des annonces et quelques kilomètres de chaussée ont été faits à la veille des élections. Mais rien depuis lors. Pourtant les péages génèrent des fonds qui permettraient de les construire.

« Si rien n’est fait en urgence avant les premières grandes pluies, la communication routière sera coupée entre Bukavu et la cité portuaire d’Uvira », s’inquiète Albert Songo, chef de division technique à la direction provinciale de l’Office des routes du Sud-Kivu. Selon lui, quatre grandes têtes d’érosion, situées dans la plaine de la Ruzizi, menacent sérieusement ce tronçon routier, pourtant vital pour la province. « Nous avons déjà fait rapport aux autorités tant provinciales que nationales, et attendons que les moyens soient mis à notre disposition pour agir », explique-t-il.

Photo @bukavu online

Ailleurs pour parcourir les 120 km de la route Uvira-Fizi, il faut une journée entière quand le temps est sec, deux jours s’il pleut. Quant à se rendre en voiture à Shabunda à 300 km à l’ouest de Bukavu, mieux vaut ne pas y songer : la route n’est qu’un mini-sentier impraticable. Dans cette région les exemples sont légion des axes routiers qui n’en ont plus que le nom. Et le Sud Kivu n’est qu’un cas parmi d’autres de l’état dramatique des axes routiers congolais. D’aucuns disent que là où il fallait compter une heure de trajet sous la colonisation, il faut désormais compter une journée…

Des travaux électoralistes

« En novembre 2011, en pleine campagne électorale, plusieurs travaux de construction de routes ont été lancés mais depuis lors, tout est à l’arrêt. Des maisons ont été détruites sans indemnisation de leurs propriétaires ; des canaux d’évacuation d’eau sans être réhabilités. Ma maison a été rasée en octobre dernier, témoigne Janvier, habitant de la route d’Uvira à Bukavu, qui passe par les escarpements de Ngomo, dont la maison a été démolie. On nous avait dit qu’on allait élargir la route, près d’une année après, même pas un mètre n’a été réhabilité. »

Selon des sources proches de la compagnie chinoise, chargée de les exécuter, les travaux tardent à commencer car le gouvernement n’a pas encore décaissé l’avance de démarrage du contrat. Les fonds même lorsqu’ils sont débloqués par les bailleurs, comme l’Union européenne et la Banque mondiale, finissent souvent dans des comptes privés de responsables, se lamente un membre du bureau de la société civile du Sud-Kivu.

« Le gouvernement provincial fait de son mieux pour réaliser le chantier route au Sud-Kivu », affirme lui Willy Kiriza, ministre provincial des Travaux publics et infrastructures. Il cite quelques exemples, dont le tronçon Bukavu-Kavumu de près de 30 km, totalement réhabilité ; trois kilomètres témoins, à raison d’un kilomètre par commune dans la ville de Bukavu…

Pour sa part, la population reste convaincue que le lancement de ces travaux n’était que de la propagande électorale. « Ayant obtenu ce qu’ils cherchaient- se faire élire -ils ont disparu. Les engins aussi ne sont plus visibles, se lamente un chauffeur de taxi-bus de Bukavu. « Et allez voir ce qu’est devenu le kilomètre témoin dans la commune de Kadutu », demande hochant la tête, un ingénieur des ponts et chaussées, dubitatif quant à la qualité des ouvrages réalisés.

De l’argent mais pas de travaux

Pourtant le Fonds national d’entretien routier (FONER) de la RD Congo génère, grâce aux péages installés sur de nombreuses routes, trois à cinq millions de dollars américains par mois destinés à l’entretien des infrastructures de base qui desservent le pays, indiquait en juin 2011, Robert Lendo Lendo, directeur technique de cette institution, à l’occasion de la présentation du manuel d’opération de l’entretien routier, à Kinshasa.

« A chacun de mes passages sur cette route, je paye 20$ comme taxe péage route. Pas un seul trou n’est bouché et la route menace de se couper, à quoi sert alors cet argent ? », lance, d’un ton grave, un conducteur de camion sur l’axe Bukavu-Uvira qui paye cette somme à l’aller comme au retour. « L’argent que nous versons au FONER est très suffisant pour des travaux d’entretien, mais, rien n’est fait », s’indigne aussi, un cadre de la Fédération des entreprises du Congo (Fec), Sud-Kivu. Pour lui, la mauvaise gestion des fonds perçus expliquerait tout. « Il faudrait que le FONER laisse, des fois, aux entrepreneurs eux-mêmes la planification et réalisation des travaux d’entretien », recommande-t-il.

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