Bukavu : des policiers voleurs enfin condamnés0 Commentaires

Par Syfia RD Congo
Posté le 08 Fév 2013 à 2:03
Palais de Justice de Bukavu

Palais de Justice de Bukavu

A Bukavu, capitale du Sud-Kivu, entre octobre et janvier, 14 éléments des forces de l’ordre ont été condamnés par la justice militaire à des peines allant de 1 à 10 ans de prison et renvoyés de la police ou de l’armée. Ils volaient des biens et objets saisis ou placés sous leur garde.

Le 31 décembre dernier, dans la cour de l’inspection provinciale de la police de Bukavu, l’ambiance n’était pas à la fête… Pour cette audience de flagrance, à la barre, quatre éléments de la PNC (Police nationale congolaise), dont un commissaire (lieutenant). Lui et ses hommes, dont un en fuite, étaient poursuivis par le tribunal militaire de garnison de Bukavu pour vol et violation de consignes.
L’audience, commencée le matin, n’a rendu son verdict que tard dans la soirée. Les quatre prévenus ont été finalement condamnés à des peines de SPP (Servitude pénale principale) allant de 5 à 10 ans d’emprisonnement ferme et renvoyés du corps de la PNC. Sur la base de l’article 81, alinéa 4, du Code pénal qui fait doubler la peine de cinq à dix années de SPP si le vol a été commis par un fonctionnaire public à l’aide de ses fonctions. En vertu aussi de l’article 111 de la Loi n°024/2002 portant Code pénal militaire : « Quiconque détourne les objets saisis, mis sous séquestre ou confisqués est puni d’une peine de cinq à dix ans de servitude pénale ».

Redorer l’image de la police
« Les agents de l’ordre ont l’obligation de garder en bon père de famille les objets saisis ou confisqués et placés sous leur garde », précise le magistrat, Serge Kabondo, président du tribunal militaire de garnison de Bukavu. Déterminés à redorer l’image de la police et de l’armée, les autorités policières et la justice militaire, dans le cadre de la réforme et la professionnalisation des services de sécurité en cours dans le pays, affichent ces derniers temps leur sévérité. D’octobre 2012 à janvier 2013, 14 éléments de l’ordre, en grande partie des policiers, ont ainsi été interpellés, traduits en Justice et condamnés à des peines de prison allant de 1 à 10 ans et au renvoi pur et simple de la PNC.
Jusqu’ici, en effet, des agents soutirent une partie des objets placés sous leur garde par leurs supérieurs ou sur décision judiciaire ou lors des fouilles et autres opérations de routine. Ils confisquent aussi des objets, notamment pour des raisons d’enquêtes. C’est ainsi que beaucoup de citoyens perdent facilement, en totalité ou en partie, certains de leurs objets lors d’arrestations, par exemple.
L’inspecteur provincial de la PNC, le général Gaston Luzembo, au cours d’une parade devant ses bureaux, avertissait en décembre dernier d’un ton grave : « Nous devons prôner l’excellence au sein des services de sécurité. Les voleurs, détourneurs et autres bandits n’ont plus leur place parmi nous.″ Pour un magistrat de l’auditorat militaire de garnison de Bukavu, « lorsque nous sommes devant de tels faits, nous sommes obligés de bien les réprimer et donner ainsi à la sanction toute sa valeur dissuasive.″ Il précise que tous les cas leur transmis ont été traités avec la même sévérité et tous les coupables (une dizaine jusqu’ici), purgeaient, début janvier, leurs peines en prison.

La peur change de camp
Une sévérité nouvelle qui semble effectivement commencer à être dissuasive… « Je ne voudrais pas perdre mon travail, laisser ma femme et mes enfants souffrir pour des petites choses comme… un pantalon ! », explique l’adjudant-chef, Manara, en faisant allusion à un de ses collègues, renvoyé de la PNC et condamné à 7 ans de prison ferme, pour avoir volé un pantalon dans un camion qu’il fouillait lors d’une patrouille en commune d’Ibanda, une nuit de décembre dernier…
Grâce aux campagnes d’information des OSC et des responsables de sécurité, dans le cadre de la réforme de leurs services, les victimes commencent, elles aussi, à être mieux informées. « Lors de mon arrestation, un des policiers m’a dépouillé de mon portable et de 30 000 Fc (environ 33 $). Le lendemain, je suis parti me plaindre auprès leur chef, car j’avais retenu son visage. L’ayant reconnu et après enquêtes, mon portable et près de la moitié de la somme m’ont été remis », se réjouit Souverain Mulume, un motard.
« Nous enregistrons de plus en plus de plaintes de civils contre nos éléments pour diverses tracasseries (extorsions de biens de passants rencontrés nuitamment lors des patrouilles, arrestations arbitraires à des fins d’intimidations, Ndlr). C’est une très bonne chose ! Cela permet de dénicher tous les hors la loi et de les sanctionner correctement », se réjouit un officier de la brigade judiciaire. Il conclut : Nous enregistrons entre 3 et 5 dénonciations par jour, contre quasiment aucune les années antérieures. »

Jean Chrysostome Kijana

Lire aussi:
Publicité

Laissez un commentaire