Nord et Sud-Kivu : Une fois élus, les activistes sont perdus pour la cause0 Commentaires

Par Syfia RD Congo
Posté le 07 Fév 2013 à 7:20
Wakenge Amuri avait dénoncé ce problème dans une émission de la RTNC Bukavu

Wakenge Amuri avait dénoncé ce problème dans une émission de la RTNC Bukavu

Certains acteurs de la Société civile considèrent cette fonction comme un tremplin pour la politique. Une fois élus, ils oublient leurs convictions et leurs électeurs. Une attitude très décevante qui décrédibilise ces organisations.

Neuf acteurs de la Société civile dont deux du Nord-Kivu et sept du Sud-Kivu ont été élus à l’Assemblée nationale en 2006 et en 2011. Une fois dans l’hémicycle provincial ou national et alors installés à Kinshasa, ils ne pensent plus qu’à leurs seuls intérêts et oublient la population qui les a élus. « Ils ont le culte de la personnalité, défendent ce qui est en contradiction avec leur conscience, applaudissent même les erreurs de leurs chefs, suivant aveuglement les consignes de leur parti sans discernement et servant de caisses de résonnance du pouvoir », regrette Pablo Muke, représentant la composante Jeunes au bureau de coordination de la Société civile du Sud-Kivu. ″Les dirigeants ne tiennent pas compte de ce que pense le peuple, pensant qu’il doit leur être soumis. Ils s’imaginent qu’être dirigeant, c’est être omnipotent, omniscient et vivre en dehors de toute critique″, résume l’abbé Richard Mugaruka.
Modeste Lukwebo était président de la Société civile du Congo, en 2006 il s’est fait élire comme candidat indépendant et aujourd’hui, il a créé son propre parti politique. Lors de la campagne électorale de novembre 2011, la population de Goma croyait aussi que Jason Luneno, alors président de la société civile du Nord-Kivu, serait son porte-parole valable. ″Comme il plaidait toujours en notre faveur, nous lui avons donné nos voix afin qu’il soit notre interprète au niveau national mais une fois arrivé à Kinshasa, notre espoir s’est vu réduit à néant car nous vivons le contraire de ce que nous avions pensé″, s’exclame un taximan de Goma. En vacances parlementaires à Goma, ce nouveau député n’a même pas répondu aux appels téléphoniques de personnes de sa base électorale. Elles le dérangeaient… ″Nous sommes arrivés à deux reprises à l’hôtel où il nous fixait rendez-vous mais à la dernière minute, il nous a traités de n’importe quoi″, s’est confiée l’une d’elles.

Grosse déception des électeurs
Trish Mastaki représentait les jeunes au bureau de coordination de la Société civile avant d’être nommé membre du bureau d’études du gouvernorat de province du Sud-Kivu. Aujourd’hui, il dit que la Société civile qui se présente comme contre poids au pouvoir est archaïque. ″Ils ignorent que la société civile est partenaire du pouvoir et non pas son ennemi″, explique-t-il. Au lieu de faire route avec nous, ils nous combattent.″
″Faux, rétorque Pablo Muke, qui l’a remplacé. Ce sont eux qui nous combattent car ils nous connaissent et nous le leur reprochons. Ils ont triché avec le mandat de la Société civile pour leurs intérêts égoïstes ». ″La population, acculée par la pauvreté, pensait que ces hommes de la Société civile seraient son rempart dans leurs revendications auprès du pouvoir pour l’amélioration de la vie sociale, mais elle a déchanté″, regrette Thomas d’Aquin Mwiti, actuel président de la Société civile de Goma.
Au vu de l’attitude de ces élus, une partie de la population se méfie de la société civile qu’elle juge opportuniste : « Arrivés à Kinshasa, certains députés ont même changé leurs numéros de contact, s’étonne Madeleine Kabuo. Pire encore : ils ne sont jamais revenus en vacances parlementaires au Nord-Kivu. »
Les deux députés de cette province sortis de la société civile, un pour Goma et l’autre pour le territoire de Rutshuru sont muets. « Nous suivons chaque fois avec attention les débats à l’Assemblée nationale au cours des plénières, je n’ai jamais entendu une seule intervention des nos élus au sujet de nos problèmes. Voici une année qu’ils y sont, jusqu’à quand devons-nous les attendre ? », se demandé un animateur d’une OSC qui s’occupe de la sensibilisation sur les élections libres, transparentes et démocratiques. « C’est une déception pour le travail que nous faisons, ajoute-t-il, car nos membres risquent de nous juger pour des personnes qui les induisent en erreur. »

Thaddée Hyawe-Hinyi, Vincent de Paul Rushago

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