Redémarrage de la sucrerie de Kiliba : beaucoup d’espoirs déçus0 Commentaires

Par Syfia RD Congo
Posté le 28 Mar 2013 à 5:45

Le redémarrage de la Sucrerie du Kivu à Kiliba au Sud Kivu ne fait pas beaucoup d’heureux. L’entreprise n’a engagé qu’un dixième de ceux qui y travaillaient et a retiré leurs champs aux anciens agents installés sur sa concession. Pour beaucoup la situation est pire qu’avant.

Le premier sac de sucre sortira en 2014 de la Sucrerie du Kivu selon les responsables de l’entreprise tanzanienne, Nansoro, qui a repris les activités de l’ancienne Sucrerie de Kiliba, implantée à 20 km d’Uvira et tout aussi proche de Bujumbura. Pour l’instant sur les 6000 ha de la concession seuls 2500 ha sont à nouveau occupés par les plantations de canne à sucre. Une reprise de l’activité, interrompue en 2008 à cause de la guerre, qui devrait réjouir la population locale. Mais, depuis que cette société privée a pris la suite de l’Office national du sucre liquidé en 2011, seuls 250 ouvriers ont été embauchés alors qu’ils étaient 3000 en 1998, explique Kakumbilwa Lwese, président de la Société civile de Kiliba.

Terres et maisons confisquées La société détenait alors le monopole de la production et de commercialisation du sucre dans le Kivu, le Katanga et les deux Kasaï. Environ 12 000 t de sucre en sortait chaque année. Les activités de cette usine ont fait vivre de très nombreuses familles pendant des décennies. A sa fermeture, ils sont restés dans les maisons qu’ils occupaient et ont continué à exploiter les champs de canne à sucre et les jardins. Mais, depuis le redémarrage de l’entreprise, qu’ils aient ou non du travail, ils ont été forcés de libérer ces terres pour y reprendre la culture de la canne à sucre. ″Ils nous ont ravi tous les champs alors qu’à présent, ils n’exploitent que les 10% de l’espace cultivable, et j’ai perdu le jardin autour de la maison″, se plaint une des veuves déguerpies des maisons de cette sucrerie. Les cultivateurs ont été remplacés par des tracteurs et l’engrais vert par des engrais chimiques. Personne n’est satisfait. Même pas ceux qui ont été repris au service et dont les salaires sont maigres et irrégulièrement payés. En outre, les nouveaux acquéreurs sont intransigeants pour les fautes des agents qui avaient perdu l’habitude de ce travail et qui se demandent quel sera leur sort. Plutôt que d’améliorer la situation, cette reprise des activités de la sucrerie a accentué la pauvreté et la faim. Même la cité de Kiliba n’a pas connu les effets de ce redémarrage. Waso Ponga, un activiste des droits de l’homme de Kiliba le regrette : ″Auparavant le jour de la paie ou le lendemain, le marché était envahi par des acheteurs-agents de la sucrerie qui payaient cash toutes sortes d’articles. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas car, avec le retard de paiement, ils contactent des dettes et remboursent incognito.″ Cécile Byamungu, une ancienne de cette entreprise est cependant jalouse des travailleurs qui ont été repris en service. ″Eux trouvent déjà régulièrement de quoi payer les études de leurs enfants et les soins médicaux″, conclu-t-il en regrettant de ce qui l’avait poussé de demander la mise en congé technique à l’époque de crise en 2002. Ceux qui ont du travail n’ont pas tout perdu..

 

Actuellement, les besoins en main d’œuvre sont très limités car l’usine ne tourne pas encore, les premières récoltes de canne n’étant prévues que pour l’année prochaine. Les habitants de la région espèrent que le gouvernement congolais qui détient toujours 80% des actions va bientôt y apporter des financements. La société en aura besoin pour se moderniser et produire les 28 000 t de sucre, prévues dans les premiers temps. Les responsables qui se sont exprimés sous anonymat, car ils n’ont pas encore de résultats palpables à montrer, comptent planter 1500 ha de cannes à sucre de plus en 2013.

Thaddée Hyawe-Hinyi

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