Rutshuru : après le départ du M23, place aux groupes armés…0 Commentaires

Par Syfia RD Congo
Posté le 15 Mar 2013 à 2:40
Kitchanga brulée apres les affrontements entre les FARDC et les mai-mai. Les M23 entre eux...

Kitchanga brulée après les affrontements entre les FARDC et les mai-mai. Les M23 entre eux…

A Rutshuru, au Nord-Kivu, les populations ne savent plus sur quel pied danser, avec le ballet incessant de groupes armés qui s’affrontent sur le terrain. Les habitants inquiets ne savent plus quoi faire.

En cette matinée du 4 mars, la vie semble s’arrêter à Kiwanja, une localité située à 72 km au nord de Goma. Une atmosphère inhabituelle. Boutiques et échoppes sont pour la plupart fermées. Seuls quelques commerces semblent fonctionner normalement.
A l’Institut Jikaze ou à l’école primaire Bukoma, les salles de classe sont quasi désertes. « Comme ça peut tirer à tout moment, nous les avons libérés avant l’heure habituelle de sortie », indique un enseignant. « Tous les enseignants sont là mais peu d’élèves se sont présentés aux cours », ajoute un chef d‘établissement.
Sans pourtant céder à la panique, des habitants se sont terrés chez eux dès l’annonce du retour des troupes du M23. Des détonations et échanges de tirs entendus la veille ont forcé certains à ne pas sortir. « Les coups de feu ont coûté la vie à un homme non identifié, enterré par des agents de la Croix Rouge », explique un chef de quartier, pour justifier l’inquiétude des populations.

Rivalité entre groupes armés
Benjamin M’ponimpa, administrateur du territoire, installé par le M23, attribue ces agissements aux Maï-Maï encore actifs dans la région. « Après notre retrait, quelques groupes rebelles se sont emparés de la ville. Aujourd’hui, ils cherchent à nuire à notre réputation, en nous accusant à tort de leurs méfaits », affirme-t-il.
En février dernier, une scission est née au sein des troupes du M23 présentes à Rutshuru. Certains combattants ont pris la direction de Bunaganga, à la frontière avec l’Ouganda. Au même moment, une autre partie des troupes se dirigeait vers Kibumba, à 30 km au nord de Goma. Avant de rejoindre leurs quartiers généraux, ces deux factions rivales ont laissé derrière elles des localités entières, à la merci et sous le contrôle d’autres groupes rebelles.
A Kiwanja par exemple, les Maï-Maï du colonel Shetani et le Mouvement populaire d’auto-défense (MPA) se sont affrontés pour le contrôle de la ville. « Les Mai-Mai ont attaqué le camp de Nyongera abandonné par le M23 et passé sous contrôle du MPA, témoigne un agent de la Croix rouge. Après les accrochages, nous avons récupéré une dizaine de cadavres pour les enterrer. »
A Rutshuru centre comme à Rubare, ce sont des troupes des Forces de Libération du Rwanda (Fdlr) qui auraient pris position dans ces deux villages. « A leur arrivée, les Fdlr se sont dirigés vers le campement laissé par les éléments du M23 et ont tout brûlé. Sinon, ils ne dérangent personne, nous les observons sillonner le village », confie un habitant de Rubare.

L’armée en coup de vent
Pourtant, dès l’annonce du retrait effectif du M23, et pour éviter le pire, des militaires de l’armée congolaise se sont déployées dans les localités abandonnées. A la grande satisfaction des populations, rassurées par leur présence. « Nous pouvons désormais aller aux champs en toute sécurité, nous ne sommes plus privés de liberté », se réjouissaient des femmes assises le long de la route principale. Elles faisaient partie des nombreux habitants qui avaient pris d’assaut les rues de Kiwanja pour accueillir les Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC). « Ici, tout était bloqué, toutes les activités gelées. Avec la présence des militaires, la vie va reprendre peu à peu », renchérissait un autre habitant.
Une joie de courte durée, car dès le lendemain, les militaires ont quitté les lieux, laissant le champ libre aux groupes armés. « Nous étions prêt à défendre cette zone et y rétablir l’autorité de l’Etat. Mais nos chefs disent que nous devons nous retirer, sur ordre de la hiérarchie », se désole un militaire. « Ces rebelles étaient en face de nous, nous venions d’occuper toutes les positions stratégiques qu’ils venaient d’abandonner. Nous attendions juste une provocation de leur part pour les neutraliser. »

Paul Durand

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