Les Mai-Mai quittent la brousse, se montrent mais n’obéissent pas aux ordres des officiers de FARDC0 Commentaires

Par Syfia RD Congo
Posté le 12 Avr 2013 à 11:05

Alléchés par des promesses de postes dans l’armée congolaise, les jeunes d’un groupe Maï-maï du territoire de Fizi, à plus de 200km au sud de Bukavu, quittent la brousse. Pour autant ils n’obéissent pas aux officiers des Fardc et continuent à peser sur la population.

mai-mai-enfant-soldatDans le petit centre de Sebele, à une centaine de km au sud d’Uvira au Sud-Kivu, les hommes du groupe armé Maï-maï de la Force révolutionnaire du Congo – alléluia (FARC-alléluia), se montrent désormais au grand jour. Ils déambulent dans les villages en pantalons camouflés, tricots et chemises le plus souvent déchiquetés, certains avec des souliers de fortune aux pieds et de petits gris-gris attachés au cou ou à l’avant-bras. Depuis janvier dernier, plus d’un millier d’entre eux ont quitté la brousse pour intégrer les Fardc, l’armée congolaise.
Comme les autres (Maï-maï bwasakala, Maï-maï mayele…), ce groupe d’autodéfense populaire défend, dit-il, les terres de leurs ancêtres contre les envahisseurs étrangers. Ils exploitent les minerais dans les zones qu’ils contrôlent, arraisonnent et dévalisent des bateaux sur le lac Tanganyika…
Leur chef, le commandant William Amuri Yakotumba, ancien étudiant de l’Université de Lubumbashi, a été capitaine de l’armée avant de faire défection et de se replier dans les forêts et dans la presqu’île d’Ubwari dans le territoire de Fizi en 2007. Alliés aux Forces nationales de libération du Burundi (FNL), ses hommes se sont battus à plusieurs reprises contre les soldats de l’armée qu’ils taxent d’être infiltrés et corrompus par les étrangers (Rwandais) qui veulent la balkanisation de la RD Congo.
Leur reddition est le fruit des sensibilisations faites par les notables et leaders locaux de ce riche territoire minier de Fizi qui les ont incités à déposer les armes ou à intégrer les Fardc pour permettre au territoire de renouer avec la paix et de se développer.
Selon les hommes du FARC-alléluia, le pouvoir s’est engagé à ne pas les poursuivre pour leurs crimes et aussi et surtout, à reconnaitre leurs grades et à affecter leurs officiers à des postes de commandement et de responsabilité. Pour l’instant, ils gardent leurs armes et se promènent dans les villages aux côtés des militaires reconnaissables à leurs tenues relativement neuves.

Profiter de l’armée sans lui obéir
« Nous n’avons aucun ordre à recevoir de qui que ce soit sauf celui venant de notre commandant et des fois de la haute hiérarchie de Kinshasa », explique un des officiers Maï-maï, assis sous un manguier, un gobelet de vin de palme en main. Pour lui, pas question de travailler avec des unités issues de l’ancienne rébellion du CNDP considérées comme étrangères. ″Ils doivent se mettre sous le commandement unique de la région militaire″, expliquait pourtant en février dernier, le général Pacifique Masunzu, commandant ad intérim de la Xe région militaire.
En attendant leur intégration au sein de l’armée régulière, ils ne prennent pas part aux opérations militaires. « C’est encore une milice à part entière, explique un responsable de la société civile du coin. Ils organisent des travaux communautaires dans certains villages comme Makobola et font payer aux passants quelques frais (200 Fc à chaque taxi-moto, 1000 Fc pour les véhicules et cela au vu et au su des investis du pouvoir. »
″Pour gonfler leurs effectifs, ces groupes armés enregistrent dans leurs rangs des jeunes désœuvrées », déplore un analyste. Selon lui, attirés par des promesses de grades et de meilleures conditions de vie, les jeunes viennent nombreux de Bukavu, Kalemie et Uvira…. Et même des camps de réfugiés de Tanzanie. Un de ces jeunes rencontré au centre de Baraka, la trentaine révolue, est venu d’Uvira où il enseignait pour se faire enregistrer. ″Avec mon diplôme (gradué en histoire, ndlr), le minimum de grade que je puis recevoir est celui de major », dit-il en riant. Pour l’analyste, ces jeunes sans aucune notion militaire seront une source d’insécurité.

Craintes de la population et de la société civile…
Pour la société civile et les notabilités du milieu, les autorités devraient s’impliquer activement pour mener à bon port ce processus et permettre à la population de renouer avec l’agriculture et de la pêche en toute quiétude. ″Nous ne comprenons pas l’indifférence de l’autorité provinciale. Depuis que nos jeunes ont décidé de quitter la brousse, on n’a pas vu le gouverneur de province ni d’autorité d’envergure, venir s’enquérir de la situation », désapprouve un acteur de la société civile. Alors que, explique un autre, « quand il s’agit, d’autres groupes armés, on les voit mobiliser. De grandes fêtes sont organisées et de grasses vaches abattues, des sommes d’argent données et des villas d’habitation mises à la disposition des responsables de groupes armés. » Allusion faite ici à l’accueil fracassant d’un leader Maï-maï (le colonel Kahasha, dit Foka Mike) en novembre dernier lors de sa sortie de brousse… où il est retourné deux semaines plus tard.
″Cette réintégration devrait être bien encadrée. Parmi ces éléments de ces groupes armés, certains ont commis de graves violations de droits de l’homme et devraient répondre de leurs actes″ insiste une dame, responsable d’une association locale de lutte contre les violences sexuelles. Pour un prêtre de la paroisse catholique de Baraka, ″sans assistance valable, ces éléments armés deviennent un lourd fardeau sur le dos de la population déjà très pauvre et démunie″. ″Pour éviter qu’ils débordent et pour leur survie, explique un chef de groupement, nous sommes obligés de faire des collectes de vivres et d’argent auprès des populations. » À la Xe région militaire, on tente de calmer la situation. ″Tous les moyens seront bientôt réunis pour faciliter ce processus et éviter d’éventuels dérapages », explique un officier supérieur. D’ici là, la population va continuer à souffrir…

Paul Durand

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