Au Congo, des fruits nutritifs mais dédaignés par la population0 Commentaires

Par Syfia RD Congo
Posté le 18 Juin 2013 à 2:24

Pourtant abondants, les fruits sont très peu consommés à Kisangani comme au Sud Kivu, en dépit de leurs qualités nutritionnelles reconnues. Habitude, ignorance ou pauvreté, les producteurs et les commerçantes préfèrent les vendre aux étrangers et aux gens aisés.

arachides, kalanga

Mchuruzi wa Kalanga (ARACHIDES) Bukavu. photo @bukavu

« Une papaye mûre, ils préfèrent la donner aux cochons que de la manger. Ils vendent tout… et achètent des morceaux de viande boucanée pour accompagner le fufu de manioc ou du riz », constate Manganda Mbeku, chef de la localité Bangboka, non loin de Kisangani en Province orientale qui déplore que les habitants dédaignent les fruits. « La pauvreté pousse les ménages à chercher la quantité plutôt la qualité. Certaines parents grondent même leurs enfants parce qu’ils ramassent les pommes rouges ou les mangues », constate aussi Eugide Ngendo, ingénieur agronome de l’Union paysanne pour le développement de Kisangani (UPDKIS).
Les jardins et les forêts du Sud-Kivu abondent en fruits, tous aussi succulents les uns que les autres : Papaye, ananas, goyave, banane, prune, citron, avocat, fraise, mangue… Mais à la campagne la majeure partie de la population n’en mange pas. La production fruitière est destinée à la vente en ville. Les plus belles bananes, mangues, papayes, goyaves, fraises, prunes, etc… tout comme les beaux légumes, y partent. « Nous voyons en ville les paysannes vendre le citron (très riche en vitamine C, Ndlr) et acheter de la vitamine C à la pharmacie, c’est un paradoxe ! », s’étonne Squadra Tus Munganga, président de l’UPDKIS.
Les fruits sont considérés comme des aliments réservés aux Blancs, aux religieux et aux familles aisées. Ils sont le plus souvent négligés ou interdits car ils feraient mal au ventre dit-on à Kisangani. Selon Mama Jacquie, une habitante de Mbobero, à la périphérie de Bukavu, manger la banane le matin porte malheur, la goyave donnerait l’appendicite, l’avocat et la papaye ne sont pas bons pour les femmes enceintes… autant de croyances qui détournent les gens des fruits.
A Bukavu, certains évoquent le prix d’un fruit par rapport à l’avoir journalier. « Puis-je être irresponsable jusqu’à ce point, acheter un fruit de 1000 FC alors qu’avec ça j’ai déjà un bol de farine pour toute la famille ? » argumente Jeannette Vumilia, mère de 7 enfants, habitante de Bukavu. Nabami Mugobanya, nutritionniste, constate cependant que certains habitants de Bukavu en mangent plus souvent: « Ils en consomment suivant leur envie, leur faim, l’occasion qui se présente à n’importe quel moment de la journée, tout en ne sachant pas pourquoi ils en mangent. Les enfants, en revanche, en raffolent beaucoup. »

Un commerce rentable
En revanche, les fruits sont bons… à vendre. A Kisangani, la culture d’ananas devient un refuge pour ceux qui ont échoué dans le manioc et le maïs. A la sortie de la ville les plantations se multiplient. « Je les revends chez les pilotes de la Monusco », déclare un jeune homme en train d’emballer une dizaine de gros ananas au PK 8. A Maleke (PK 12) route Kandangba non loin de celle de l’aéroport, Useni Abdoul fait partie d’une association de cultivateurs d’ananas qui fournit les instructeurs américains du camp base. L’Updkis envisage d’en faire autant au centre de formation des militaires au camp Lukusa.
« La vente des fruits m’aide à scolariser les enfants et à les nourrir. Ils grandiront comme nous avec le foufou ou les haricots. Est-ce que nous sommes différents de ceux qui raffolent des fruits? Est-ce qu’un fruit peut rassasier quelqu’un ? », se console Micheline Nabintu, une vendeuse à Nyawera, un quartier de Bukavu.

Des fruits médicaments
Selon le nutritionniste Louis Ndjondo à Kisangani, chargé de la surveillance des maladies nutritionnelles et carentielles au Programme nationale de nutrition en Province orientale, les femmes enceintes et allaitantes, les enfants de 0 à 59 mois sont les plus vulnérables. Ils n’ont pas assez de résistances contre certaines maladies récurrentes comme l’anémie, le paludisme…. « Or, explique-t-il, vous n’allez pas souffrir de rhume, toux, asthme, bronchite… lorsque vous prenez régulièrement des fruits. Les graines de papaye servent dans des médicaments pour guérir les amibes, la toux et autres maladies. » Il ajoute que les infections intestinales dont souffrent beaucoup de gens à Kisangani sont liées à la carence en vitamines. « Si nos vieillards s’affaiblissent trop tôt c’est parce qu’ils ne consommaient pas beaucoup de fruits. L’adulte qui consomme au moins quatre fruits par jour renforce son système immunitaire », précisent les médecins. Selon la ligue des ingénieurs agronome du Congo, « l’éducation sur les valeurs nutritionnelles des fruits par les médias résoudra ces problèmes liés à de mauvaises habitudes. »

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Baudry Aluma, Ernest Mukuli, Alphonse Nekwa Makwala

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