Bukavu : affamés, des enfants ne respectent plus leurs parents1 Commentaire

Par Syfia RD Congo
Posté le 18 Juin 2013 à 3:36

Incapables de nourrir leur famille, certains parents des quartiers populaires de Bukavu au Sud Kivu, n’arrivent plus à se faire respecter par leurs enfants. Ceux-ci gagnent comme ils peuvent de quoi survivre et souvent aider leurs proches. Mais ils sont souvent entraînés à voler par des groupes de bandits.

Enfants orphelins du Kivu

Enfants orphelins du Kivu

« Je ne veux plus jamais te revoir dans ma maison », tonne Nkama contre son fils de 14 ans qui a passé la dernière nuit à la belle étoile. « Je m’en fous. Vous ne me donnez plus rien à manger. Pourquoi me soucierais-je de ta décision alors qu’il ne fait plus bon vivre dans cette maison ? », rétorque le gamin furieux qui sort en claquant la porte. Des disputes comme celle-ci dans une famille à Essence, un quartier populaire de Bukavu à l’Est de la RD Congo, sont aujourd’hui fréquentes. De plus en plus d’enfants affamés ne respectent plus leurs parents.
A 16 ans, Pato est surveillant depuis un an dans une maison de passage de Kadutu, une autre commune de Bukavu car il en avait assez de passer de longues journées le ventre creux. Il gagne désormais 2 000 Fc (2,2$) par jour. Mais il n’espère plus reprendre le chemin de l’école malgré les incessants appels de ses parents. « Je viens de rater deux ans faute d’argent et l’on me demande d’y rentrer. Quel paradoxe ! A quoi sert-il d’étudier pour ne jamais monter de classe ou ne pas terminer l’année faute de sous pour payer le minerval ? », s’interroge-t-il, mouchoir en main, essuyant les chaises de ses clients.
A Bukavu, au Sud-Kivu, surtout dans des coins populeux d’Ibanda, de Bagira et de Kadutu, les enfants ne respectent plus leurs parents quand ils ne peuvent pas les nourrir ou leur payer des frais scolaires. L’unique péché de ces responsables de famille est d’être pauvres, sans emploi et incapables d’assurer le minimum vital à leurs gosses. Comme le père de Shabani, maçon qui n’a pas les moyens de nourrir à leur faim ses quatre enfants, autrefois habitués à manger trois fois par jour chez leur oncle tombé en faillite il y a deux ans. Ses enfants ne mangent que très tard la nuit, parfois à une heure du matin.

Aider sa famille
Désespérés des enfants se jettent dans la rue pour échapper à ce calvaire familial. « Ma petite sœur pleurait de faim. Je suis parti au bord de la rue quémander et personne ne m’a rien donné. Tout d’un coup, il (Trésor, chef d’un gang à Essence, Ndlr) surgit et me donne 1 000 Fc (1,1$) », fait savoir Alain, 9 ans. Depuis un an, il a intégré le groupe de Trésor. D’autres se font portefaix dans des parkings, aides-maçon, vendeurs de beignets ou de pain. Beaucoup se réfugient dans le vol à la tire, font les pickpockets ou vendent des fers usés à 100 Fc (0,1 $) par kilo.
Des enfants en errance, qui font preuve de débrouillardise, aident leurs frères restés en famille. La grand-mère de Pato témoigne : « Il peut passer nous laisser la ration trois fois la semaine. Mais, on ne dit pas à son père que la nourriture provient de son fils. Parce que pour lui, cet argent est sale et il ne peut par conséquent pas consommer tout ce qu’il procure ». Son père impuissant rêve de ramener son fils bien aimé à l’école. « Nous avons, s’encourage-t-il, la charge et le devoir de préparer l’avenir de nos enfants. Cela se fait à travers l’école où est leur place et non dans des buvettes et maisons de passage où ils servent et accueillent des bandits de grand chemin ». Mais personne ne l’écoute, même ses autres fils, restés sous sa garde.
Certains parents qui n’ont pas d’espoir de voir leur situation s’améliorer, prennent, la mort dans l’âme, l’argent gagné par leurs enfants qui se soucient de la famille. A l’instar de ce père, malade et dont le fils, aide chauffeur à 13 ans, a payé ses soins de santé.
Certains de ces enfants, fragilisés par une faim lancinante sont intégrés dans des groupes de malfaiteurs qui les font participer à des actes de banditisme. « Environ six fois, ils m’ont fait entrer par le cadran de la fenêtre pour leur ouvrir la porte », témoigne Alain, 9 ans. En janvier, à la tombée du jour, son compagnon Janvier Tunza, 17 ans a succombé à ses blessures après avoir été tabassé dans un centre de santé qu’ils étaient allés cambrioler.

Pierre Kilele Muzaliwa

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1 Commentaire

  1. christopher

    du cout, je ferai plutot une lecture allant dans l’autre sens, et aux malthusiens de vous dire, plus vous mettez au monde plus vous vous appauvrissez. a quand la fin des croyances ancestrales, comme quoi, une ribambelle d’enfants est synonyme de richesse…soyez des hommes, supportez vos fardeaux svp, et vous n’avez encore rien vu… it’s really a shame…

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