Goma : entre information contrôlée et rumeurs

Les vrais débats se font rares dans les médias de Goma, qui ne donnent presque plus la parole aux voix discordantes. Du coup, les habitants accueillent avec avidité tracts et affichage des partis d’opposition. Avec le risque de se fier, là aussi, à des informations partiales, voire de simples rumeurs.

Ville de Goma au bord du Lac
Ville de Goma, vue du bord du Lac / Photo @ChantalFaida

Une information plus équilibrée : c’est ce qu’a souhaité Lukeka Bin Miya, président provincial de l’Union nationale de la presse congolaise, face à un parterre de journalistes réunis le 3 mai dernier à l’occasion de la Journée internationale de la presse. « Parler sans crainte, mais dans le respect de l’éthique et de la déontologie professionnelle qui prône l’équilibre dans la diffusion des informations », a-t-il déclaré.
Cette déclaration part d’un constat : depuis l’occupation de Goma, fin 2012 et début 2013, par le M23, la plupart des chaînes n’invitent plus que des intervenants favorables à la politique du gouvernement du président Joseph Kabila. Or il rappelle que les auditeurs ont besoin d’une information équilibrée et fiable, et qu' »un journaliste sans penchant ne s’attire jamais d’ennuis ; il satisfait les auditeurs en variant ses sources ».
Cependant, une partie de la société civile et de l’opposition recourt, pour se faire entendre, à la diffusion de tracts ou d’affiches. Désireux de versions différentes des faits, nombre d’habitants s’arrêtent pour lire les informations ainsi affichées sur les panneaux des partis d’opposition. Des informations en général non sourcées, dont la fiabilité peut également être questionnée.
Wenba Katina, le président provincial de l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social), regrette que les radios ne viennent pas couvrir les activités de son parti, malgré les invitations envoyées : « Au moins, sur mes tableaux, je communique facilement avec la population. »

Rumeurs
Cette réticence des professionnels de l’information à donner la parole à des interlocuteurs pouvant critiquer sur les ondes l’action des autorités a des effets pervers. Le plus notable : l’importance prise par les rumeurs. La moindre information discordante sonne ainsi plus « vraie » que le ronron des médias.
Par exemple, début avril, un jet de tracts a fait paniquer les habitants. On pouvait y lire : « Alerte!!! LE M23 attaque Goma incessament ». Prises de paniques, des familles ont quitté la vilel pour se réfugier à Bukavu et au Rwanda. « Je devais me réfugier à Kigali pour épargner ma famille d’une probable attaque du M23 signalée dans ce tract », raconte ce père de familel de quatre enfants. Avec le recul, il regrette d’avoir interrompul les études de ses enfants à cause d’une simple rumeur.
Un activiste des droits humains, lui, malgré ces travers estime que ce recours aux tracts permet d’alerter la population contre un éventuel danger : « Nous faisons ainsi car ces derniers temps les radios ne diffusent pas d’informations utiles pour les auditeurs. »

Intimider et manipuler
La pression sur les journalistes est plus forte que jamais. Economique d’abord : Ainsi, Eric Kalobera, chef de la division provinciale des Médias et Communication, a demandé aux gestionnaires des radios de faire signer des contrats à tous les journalistes, afin qu’ils puissent vivre de leur salaire. « Parmi 87 radios actives dans le Nord-Kivu, sept seulement se sont déjà enregistrées à la division et ont fait fait des contrats à leurs journalistes », révèle-t-il.
Par ailleurs, ceux qui s’efforcent de travailler avec professionnalisme sont intimidés : « Je reçois des menaces jusqu’à aujourd’hui pour avoir invité, en janvier dernier, deux opposants qui avaient critiqué le retard dans la construction de la voirie de Goma et l’insécurité dans la ville », se plaint le directeur d’une chaîne et animateur d’une émission politique populaire. « Du coup, dit-il, je n’invite plus personne de l’opposition. »
Le Code de déontologie des journalistes, art. 1 et 3, recommande d’œuvrer en tout temps en faveur de la liberté dans la collecte et le traitement des informations, et à diffuser sans parti-pris et honnêtement les sujets controversés. On en est loin.

Mustapha Mulonda

Une réflexion au sujet de « Goma : entre information contrôlée et rumeurs »

  1. Niwema gani kutchomeya imbwa nyama jongeleya Kivu ut
    oke ma chozi
    . from Lady jolie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *