Éviter le triomphalisme et rétablir l’État de droit en RD Congo

Ces derniers jours, la presse tant congolaise qu’internationale parlent des exploits des forces loyalistes qui prennent le dessus sur les rebelles du M23. En fait, c’est une grande première et c’est ce qui explique l’enthousiasme de la population de Goma qui se trouve être derrière l’armée régulière pour la soutenir et l’encourager autant que faire se peut.

Chars de combat a l'Est de la RD Congo
Chars de combat a l’Est de la RD Congo

Seulement voilà : on devrait mettre de côté le triomphalisme qui n’est rien d’autre qu’une attitude de confiance absolue et excessive en la réussite. La guerre d’agression est loin d’être gagnée. On devrait profiter de ces « petites victoires » pour se poser une question fondamentale : comment renverser pour toujours la vapeur en  modifiant une fois pour toutes le rapport de force sur le terrain de combat ?  Car, jeter trop de fleurs aux Fardc comporte un danger : celui de faire oublier à l’armée que la défense de la souveraineté et de l’intégrité du territoire n’est jamais une chose acquise une fois pour toutes. C’est continuellement qu’une armée doit veiller aux grains. Même dans les pays dits de « vieille démocratie », cette vérité est connue. Le gouvernement Français doit veiller sur la Corse qui lui donne du fil à retordre. Le parti basque ETA fait transpirer le gouvernement Espagnol. Le gouvernement Belge tient à l’œil l’extrême droite flamande. Nous autres, si nous voulons que la RDC survive, le gouvernement doit se battre pour doter son pays des tous les moyens possibles (économique, politique, diplomatique et militaire) pour défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale. Une autre chose c’est que le problème de l’insécurité ne concerne pas seulement Goma, mais tout l’EST du pays, depuis la province orientale jusqu’au nord Katanga, ce sont des zones « rouges » : les Mbororo, la LRA, les FDLR, le M23 et j’en oublie, écument ces zones. Et donc, il faut une solution globale et non sectorielle comme on a tendance à le faire actuellement en ne s’attaquant qu’au M23 seulement. Pour y arriver, cela ne s’improvise pas : il faut concevoir, organiser et mettre en pratique ces moyens au service de la défense et sécurité du pays.

Un Etat sérieux devrait, en principe, avoir le monopole de la force (et même de la violence) pour empêcher les fauteurs de trouble d’avoir le dessus sur lui. Les forces de sécurité et de défense devraient être plus fortes que les rebelles. Naïveté, faiblesse et pitié n’entrent pas dans le lexique de la relation internationale. Ou l’on est fort et l’on se défend, ou l’on est faible est l’on est écrasé. La RDC a un problème de leadership et de la gouvernance. Sa faiblesse la pousse toujours vers la porte des négociations oubliant qu’on ne négocie pas en position de faiblesse sinon on s’expose aux caprices du plus fort et cela a comme conséquence la pérennisation de l’état de belligérance où l’on ne prend le pouvoir que  par les armes et non par les urnes.

Pour barrer la route aux fauteurs de trouble, il n’y a pas deux solutions. Il faut doter la Rdc des fondamentaux d’un Etat démocratique. J’aime beaucoup la réflexion de l’abbé Mugaruka à ce sujet. Pour cet homme d’Eglise, cela reviendrait à doter la Rdc « d’une classe politique acquise à la bonne gouvernance ;  d’une justice capable de lutter contre la violence, la corruption et l’impunité ;  d’une armée républicaine, performante et dissuasive et d’une administration efficace et apolitique qui fonctionne selon les règles de l’art. » C’est cela qui est demandé à la Rdc quand on lui exige de restaurer l’Etat. Si ces fondamentaux font défaut, on s’expose à la merci des hors-la-loi. Le peuple a droit à la paix et à la sécurité. Si l’Etat est incapable de les lui donner, le peuple a droit de demander des comptes à ses dirigeants. Et ceux-ci doivent donner réponse. Ce que vit la population de l’Est de la Rdc n’est pas une catastrophe naturelle et donc, il lui faut des explications sur le pourquoi de son errance. Si les Fardc ne défendent pas ce pays, personne ne le fera à leur place. Cette vérité doit être claire dans leurs têtes et dans leurs cœurs.

Si l’Etat congolais est incapable de doter ce grand pays des fondamentaux d’un pays démocratique, cela revient à dire qu’ils ont inscrit la Rdc sur le longue liste des états défaillants, condamnés à vivre à genoux et subissant la loi du plus fort. Les pourparlers de Kampala ou les concertations nationales de Kinshasa, s’ils ne vont pas dans le sens de doter la Rdc des fondamentaux ci-haut cités, ils ne serviront à rien d’autres qu’à gaspiller l’argent des contribuables inutilement. Il n’est jamais trop tard pour mieux faire. Qu’on se le dise !

Hugues Mambo

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