Bukavu : construire n’importe où, c’est creuser sa propre tombe0 Commentaires

Par Syfia RD Congo
Posté le 30 Août 2013 à 6:25

A Bukavu, les constructions anarchiques ont des conséquences dramatiques. Le sol s’effondre parfois. Et, souvent, pompiers, médecins et policiers ne peuvent plus, faute de passages, accéder rapidement avec leurs véhicules à certains quartiers…

Bukavu: Des constructions au bord du Lac Kivu

Bukavu: Des constructions au bord du Lac Kivu

Des maisons sur les flancs de la rivière Ruzizi et ceux du lac Kivu ou sur des collines et pentes glissantes… Des habitations juxtaposées les unes aux autres, sans numérotation, ni espaces verts … Aucun passage entre les avenues…
Pour accéder à certains quartiers de Bukavu, chef lieu du Sud-Kivu, il faut dorénavant être un véritable acrobate… Les gens continuent d’y construire n’importe où ou presque, en dépit des nombreuses tragédies qui ont endeuillé dernièrement plusieurs familles. Mi-juillet, trois enfants ont péri dans un incendie au quartier Nyakaliba. Auparavant, en février, une maman avait accouché en cours d’évacuation. « Le temps de la faire descendre de la colline jusqu’à la route principale, la poche des eaux avait cédé… Heureusement tout s’est bien passé, elle a accouché d’un petit garçon », raconte sa voisine. Deux mois avant cela, une mère de famille et ses sept enfants avaient eu moins de chance, engloutis en pleine nuit à la suite d’un éboulement du sol dans leur parcelle située sur un site impropre à la construction…
Quand le sol ne se dérobe pas, les constructions anarchiques représentent une perte de temps parfois fatale pour les véhicules de secours. En l’absence de passages entre les avenues, les trois camions anti-incendie de Bukavu ont ainsi du mal à accéder aux lieux des sinistres. « Nous aurions pu éviter que le feu ne s’étende à d’autres maisons, mais je ne savais pas par où passer pour arriver sur place… », expliquait, début juillet, abattu, le chauffeur d’un de ces camions, rencontré au quartier Nyaruzimia. D’origine inconnue, cet incendie a consumé quatre maisons et causé la mort de deux enfants… Ces trois derniers mois, une dizaine de maisons ont pris feu.

Tragédies et nostalgie

« Dernièrement, nous avons envoyé une équipe d’intervention rapide en jeep 4×4. Mais, sans voie d’accès, nos éléments ont été obligés de poursuivre à pieds, se faufilant entre des maisons construites vaille que vaille. Quand ils sont enfin arrivés sur place, ils n’ont pu que constater les dégâts : une personne touchée mortellement par balle et des biens de valeur emportés », donne de son côté comme exemple tragique le colonel Masirika, commandant ville de la Police nationale congolaise.
« Tous les endroits réservés par le colonisateur belge, notamment pour les routes et avenues dans les quartiers et les espaces verts sont envahis par des maisons », déplore un septuagénaire nostalgique. « Je sais que le sol ici n’est pas très stable, mais je n’ai pas d’autre endroit où aller », se défend un père de famille, en train de superviser les travaux de sa petite maison en bois, sur une colline très accidentée.
Les gens construisent également sur des installations et tuyaux de la Société nationale d’électricité (Snel) et de la Régideso (Régie de distribution d’eau de la RDC). Résultat : des quartiers entiers sont privés d’eau, « pourtant vitale pour la survie ! », regrette Damien Mudekereza, directeur technique à la Régideso. Même les morts parviennent difficilement à trouver un endroit où reposer en paix… « Nous avons été obligés de démolir une partie de notre toiture et de celles de deux voisins, afin de faire parvenir la dépouille d’un vieux du quartier jusqu’à la route », explique, presque amusé, un habitant en commune d’Ibanda.

Elargir la ville
Certains expliquent cette situation par l’exode rural, causé par les guerres et l’insécurité dans les villages de la province. Ils épinglent aussi l’explosion démographique. Aménagée par les colons pour près de 250 000 habitants, Bukavu en compte en effet aujourd’hui plus d’1 million. D’autres pointent du doigt les services publics qui délivrent des titres et autorisent ces constructions sans tenir compte des normes urbanistiques.
Patrice Lwabaguma, du bureau de coordination de la société civile, se dit « consterné par l’indifférence complice de l’Etat. » Marcelin Cishambo, gouverneur de province, au sortir d’une réunion mi-juillet avec les responsables de services étatiques et des cadres de base, a de son côté assuré que « ceux (chef de quartiers et d’avenues, Ndlr) impliqués dans la délivrance de titres sans en avoir ni la qualité, ni la compétence, subiront la rigueur de la loi. » Une commission d’enquête devant permettre d’y voir plus clair devrait bientôt être mise en place.
Mais, pour Kalenga Riziki Lwango, ministre provincial ayant dans ses attributions l’urbanisme et l’habitat, la solution durable reste l’élargissement de la ville vers les sites de Nyatende et Kamanyola (à une vingtaine et à près de 40 km au sud de Bukavu) et vers le site de Kashusha du côté de l’aéroport de Kavumu (à une trentaine de km au nord de Bukavu). Le lotissement est en cours pour les sites de Nyatende et Kamanyola.
En attendant, le gouverneur provincial entend bien taper du poing sur la table : « Toutes les constructions anarchiques doivent être démolies sans aucune forme de procès ! »

Jean Chrysostome Kijana

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