RD Congo: CONCERTATIONS NATIONALES : Des raisons de craindre et d’espérer0 Commentaires

Par Hugues Mambo
Posté le 09 Août 2013 à 11:26

« Si tu ne sais où tu vas, dit un adage, sache au moins d’où tu viens ». Ce qui se passe en Rdc au sujet des concertations nationales laisse voir que certains politiques congolais, non seulement ils ne savent pas d’où est venu le Congo Démocratique, mais aussi ils ignorent dans quelle direction il faut l’amener face aux enjeux de l’heure. Karl Max avertit  déjà : “Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre”.

congo parlementAvant même la tenue de ces concertations nationales, déjà la polémique avait pris du terrain au niveau de l’appellation : pour les uns, ce dont la Rdc a besoin, c’est le « dialogue national ». Pour d’autres, les « concertations nationales » ont leur place et feront même l’office du dialogue. Cette longue polémique nous a perdu du temps et de l’énergie. Outre le Chronologiquement, l’idée des « concertations nationales » a précédée celle du « dialogue ». Rappelons ici que c’était le 15 décembre 2012, lors de son discours sur l’état de la Nation, devant les deux Chambres du Parlement réunis en Congrès, que  l’actuel Chef de l’Etat a annoncé l’idée de tenir des concertations nationales. L’annonce de cette idée a reçu un tonnerre d’applaudissement dans l’hémicycle du Palais du Peuple de Kinshasa par les applaudisseurs habituels, celles et ceux qui, mécaniquement, poussent de cris de joie à chaque paragraphe lu par le Président République. Etait-ce là le signe de l’accueil favorable de la proposition des concertations nationales? Loin s’en faut ! Au sujet du dialogue que réclament une frange d’opposants congolais, il faut dire qu’il n’est apparu que trois mois après, lors de l’adoption  de la résolution 2089  par le conseil de sécurité le 28 Mars 2013, au paragraphe 14b. Le nœud de la polémique est ici : la majorité au pouvoir campe sur la première idée lancée par le Chef de l’Etat et, l’opposition, elle, ne jure que par le « dialogue » demandé par le conseil de sécurité. Si le premier camp se dit ouvert à toutes les propositions, le second camp, lui,  reste prudent et sur ses gardes pour ne pas se lasser emmener en bateau comme lors des concertations et dialogues des fois passées. Alors qu’on n’avait pas encore fini avec cette polémique entre les tenants des « concertations nationales » et ceux du « dialogue », voici qu’un ancien président de l’assemblée nationale est venu publier et présenter au public le 19 juin dernier un livre au titre, Ô combien provocateur : « Entre révision de la constitution et l’inanition de la nation », un livre qui est venu jeter de l’huile sur le feu et faire surgir des craintes sur une éventuelle tentative de révision de l’article portant sur le nombre, la durée des mandats du président, une disposition réputée verrouillée et donc irréformable.  Ceux qui ont lu le livre et ceux qui ne l’ont même pas vu ni toucher,  voient déjà, à partir du titre de l’ouvrage,  un complot qui se trame en vue de donner un autre mandat à l’actuel président. Pour ceux qui soutiennent l’ancien président de l’assemblée nationale,  toutes ces agitations, passions et réactions sur le livre sont inexplicables. Du débat sur les concertations nationales, on a bifurqué sur un autre au sujet de la révision de la constitution. Entre temps, les jours passent et les compatriotes qui vivent à l’Est de la RDC n’ont des yeux que pour pleurer sur leur misère tant ils se considèrent comme des brebis sans bergers, à la merci des rebelles, des toutes les bandes armées et de tous les rapaces du monde qui passent par les pays voisins pour piller le coin.

A Kinshasa, siège des institutions et épicentre des débats politiques, l’atmosphère est polluée et empoisonnée comme jamais. Plusieurs ténors de l’opposition, pour une raison ou pour une autre, ont rejeté catégoriquement l’idée des concertations nationales dans sa formulation actuelle. Dans l’entre-temps, la machine des concertations sembles démarrer avec la publication, depuis le 5 août 2013, par le présidium, des cinq thématiques retenues pour les concertations nationales : 1.Démocratie, gouvernance, reforme institutionnelle 2.Économie, secteur productif, finance publique 3. Démobilisation, désarmement, réinsertion et rapatriement de groupes armés 4.Conflits communautaires, paix, et réconciliation nationale 5. Décentralisation et renforcement de l’autorité de l’Etat.

C’est donc un signal lancé à l’endroit de ceux qui tergiversent encore que les choses sérieuses devront commencer sous peu. Les concertations, c’est à prendre ou à laisser. Est-ce là un entêtement du pouvoir en place au regard des réclamations des opposants politiques ?

Revenons à l’objectif des concertations nationales et à celui du dialogue demandé par le conseil de sécurité. Quand on jette un coup d’œil rapide sur l’ordonnance qui crée ces concertations nationales, on se rend bien compte que l’objectif visé est :« la réunion de toutes les couches sociopolitique de la Nation afin de réfléchir, d’échanger et de débattre, en toute liberté et sans contrainte, de tous les voies et moyens susceptibles de consolider la cohésion nationale, de renforcer et étendre l’autorité de l’Etat sur tout le territoire national en vue de mettre fin aux cycles de violence à l’Est du pays, de conjurer toute tentative de déstabilisation des institutions et d’accélérer le développement du pays dans la paix et la concorde » .

Le dialogue demandé par le conseil de sécurité de l’ONU, lui, est  « un dialogue politique transparent et sans exclusive entre toutes les parties prenantes congolaises en vue de favoriser la réconciliation et la démocratisation et encourager l’organisation d’élections provinciales et locales crédibles et transparentes »

Mis l’un au regard de l’autre, ces deux textes présentent quelque ressemblance. Alors pourquoi on se tue et on perd du temps en se payant des mots ? Il est plus que temps pour que les politiques congolais, toutes tendances confondues,  regardent vers la même direction pour le bien du peuple au nom de qui il parle. Il faut donc oser. Un philosophe du nom de Sénèque  a dit : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles ». Et pour oser, il faut faire face et ne point déserter ou rester indifférent car  “pour que le mal triomphe, il suffit que l’homme honnête ne fasse rien”, a constaté Edmund Burke.

Demain, les responsabilités de l’échec de ce grand pays seront partagées puisque “nous ne sommes pas seulement responsables de ce que nous faisons, comme l’a bien vu J. Müller, mais également de ce que nous laissons faire”. Et Willy Brandt de renchérir : “Ne l’oubliez jamais : celui qui laisse se prolonger une injustice, ouvre la voie à la suivante ». Il faut oser faire quelque chose pour ce pays sans perdre le temps dans les polémiques et discussions infructueuses. A ce sujet, le constat de Voltaire est éclairant  et boucle la boucle de cette réflexion: « Il y a quatre façons de perdre son temps : Ne rien faire ! Mal faire ! Faire quelque chose au mauvais moment ! Faire quelque chose qui ne sert à rien !”. A bon entendeur, salut !

Lire aussi:
Publicité

Laissez un commentaire