Sud-Kivu : tous les jeunes ne sont pas des rebelles, la société civile s’inquiète

Près d’une centaine de jeunes ont été arrêtés, mi-août, par l’armée congolaise au Sud Kivu, soupçonnés d’être alliés aux Maï-Maï. La société civile s’en inquiète mais, pour les FARDC, il est difficile de déterminer qui est de mèche ou non avec les rebelles, puisqu’ils sont tous des fils du milieu.

Congolese fighter from the pro-government Mai-Mai militia runs in the village of Kalenge in eastern CongoQuinze jeunes de la plaine de la Ruzizi au Sud Kivu sont aux arrêts depuis mi-août à Uvira. Selon les militaires congolais, ils collaboraient avec des Maï-Maï réfractaires à l’intégration au sein de l’armée. De même, dans le territoire de Fizi, plus au sud, 75 jeunes ont été arrêtés au lendemain des combats entre le FARDC et les rebelles du seigneur de guerre Yakutumba, début août. Pour les FARDC, ces arrestations visent à mettre tous les Maï-Maï hors d’état de nuire.
Fin août, une délégation de la Nouvelle société civile du Congo (NSCC) a contacté l’administrateur du territoire d’Uvira pour présenter ses inquiétudes. ″Il est inadmissible que des jeunes qui ont seulement été en contact avec ces Maï-Maï dans nos localités, pendant qu’ils attendaient leur intégration dans l’armée, soient arrêtés et directement acheminés à Bukavu″, s’étonne Claude Misare, secrétaire exécutif de la NSCC Sud-Kivu.

« Nous arrêtons des Maï-Maï »
Six groupes armés de rebelles étaient cantonnés depuis février à Uvira et à Fizi. Avec le retard pris dans le processus d’intégration, deux d’entre eux se sont affrontés aux FARDC en août, avant de regagner la brousse. Du coup,, de nombreux jeunes des localités où étaient cantonnés ces groupes armés sont dans le collimateur des FARDC qui les accusent d’être leurs complices. L’armée pense qu’ils leur servent d’informateur . A Baraka et à Fizi, un journaliste, correspondant de plusieurs radios de l’Afrique de l’Est, constate que des militaires débarquent sur des plages au bord du lac Tanganyika et arrêtent des jeunes qui s’y baignent. S’ils portent des traces de tatouages, l’affaire s’aggrave. ″Ils sont obligés de payer sur place, entre 10 et 50 $ pour être relaxés au risque d’aller payer dix fois plus cher si on les emmène à la base militaire″, précise le journaliste qui a voulu rester anonyme. Mais le colonel Opiabondani se défend et assure qu’aucune arrestation n’est hasardeuse : ″Nous n’arrêtons pas des jeunes mais plutôt des Maï-Maï. Sinon, tous les jeunes seraient arrêtés, y compris vous monsieur le journaliste″.
Dans une conférence de la société civile fin août à Uvira, le Centre indépendant de recherche stratégique au Kivu a révélé que de nombreux motards de la ville travaillent de mèche avec les rebelles. ″C’est bon de pourchasser ces groupes armés. S’en prendre, cependant, aux paisibles jeunes devient une exagération″, estime un membre du Conseil territorial des jeunes (CTJU). Pour lui, ces groupes armés sont certes composés de fils du milieu mais tous les jeunes n’en font pas partie. « Quand les rebelle attendaient l’intégration, dit-il, personne ne pouvait éviter de leur parler car l’on savait bien déjà qu’ils allaient servir sous le drapeau congolais. Arrêter alors des jeunes qui leur parlaient, leur vendaient du carburant ou des cartes d’appel voire des motards, inquiète″, note-t-il, amèrement.
« Qu’importe, rétorque le responsable de l’armée à Uvira. Ils peuvent être revendeurs de cartes d’appels ou de carburant ou motards, mais ils sont des Maï-Maï″. Exaspéré par les nombreuses revendications des OSC, cet officier militaire les invite à prendre leur mal en patience. ″Lorsque les Maï-Maï attendaient d’être intégrés, ils nous ont remis la liste de leurs soldats. Et c’est sur leur base, et d’autres informations, que nous arrêtons ces jeunes complices″, précise-t-il. Le CTJU conteste, cependant, la procédure de leur arrestation. Selon cette structure, ils doivent être arrêtés par l’auditorat militaire puis traduits devant un juge et non pas passer plus d’un mois dans un cachot.

Pierre Kilele Muzaliwa

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