RD Congo : LES CONCERTATIONS NATIONALES et ses Recommandations … ET APRÈS ?

Dès le début de sa ré- élection, en novembre 2011, la légitimité de Joseph Kabila était contestée suite aux irrégularités reconnues par tous. Les uns ont pensé que ces irrégularités ne pouvaient pas changer l’ordre d’arrivée, tandis que d’autres ont cru le contraire. Pour eux, il fallait refaire ces élections bâclées. Cette crise de légitimité n’a pas été résolue alors que c’était en ce moment-là qu’on aurait dû faire recours à des concertations nationales pour résoudre ce problème. On a préféré effectuer un passage en force, une fuite en avant et le problème a poursuivi et a rattrapé le fuyard. Ce même problème a pesé et a plané sur la gouvernance, la cohésion et l’unité nationale. Deux ans après, on est obligé, par la force des choses, de s’arrêter et de convoquer les concertations nationales qui, à notre avis, est déjà un aveu d’un échec.

Assise de Concertations Nationales a Kinshasa
Assise de Concertations Nationales a Kinshasa

Huées, boudées et boycottées par les uns ; applaudies de deux mains par les autres ; lâchées par d’autres encore qui ont choisi de quitter les concertations nationales comme on quitte le premier un bateau qui coule. Quoi qu’il en soit, le bateau des concertations nationales, contre vents et marées, a déjà accosté. Peu importe, pensent certains, que l’accostage soit forcé ou en douceur.

Maintenant que les lampions du Palais du peuple, qui ont éclairés ces travaux depuis le 7 septembre 2013 sont éteints et que ces concertations sont dissoutes, il n’est pas superflu, de jeter un regard sur ce qu’avait été ce forum qui a rassemblé des délégués de la majorité présidentielle, une partie de l’opposition et de la société civile.

L’article 2 de l’ordonnance présidentielle créant les concertations nationales fixait déjà les objectifs de ce forum : « réfléchir, échanger, débattre, en toute liberté et sans contrainte, de tous les voies et moyens susceptible de consolider la cohésion nationale, de renforcer et d’étendre l’autorité de l’Etat sur tout le territoire national en vue de mettre fin aux cycles de violence à l’Est du Pays, de

conjurer toute tentative de déstabilisation des institutions et d’accélérer le développement du pays dans la paix et la concorde ».

Vient la question : est-ce le moment de se demander si ces objectifs ont été atteints ? C’est trop tôt pour le dire. Car, à ce stade, on est au niveau des recommandations formulées par les cinq commissions que composent les groupes thématiques des Etats généraux des concertations nationales. Attendons voir les décisions fortes que prendra le Président de la République dans les jours qui suivent car, a t-il dit, dans son discours de clôture, il a « entendu et compris » les concertateurs.

Cependant, il faut dire que les concertateurs avaient eu beaucoup à faire en un temps limité avec un budget tout aussi limité.

Dans pareille circonstance, il est clair qu’on ne pouvait pas résoudre tous les problèmes, il a fallu les hiérarchiser. Quand tout est prioritaire, il faut épingler les priorités des priorités, c’est-à-dire, les domaines qui ont un effet d’entrainement qui, si on les résout, peuvent permettre d’en résoudre beaucoup d’autres. Cet aspect a été

négligé si bien que, par exemple, pour le groupe thématique conflits communautaires, paix et réconciliation, on a 117 recommandations. Et s’il faut ajouter celles des autres groupes thématiques, on aura toute une forêt de recommandations qui risque de nous éloigner de l’essentiel.

Autre chose : pour que ces recommandations puissent être valables, réalisables et applicables, il faut que le maximum d’acteurs politiques soit impliqué. La participation citoyenne est une exigence fondamentale de la gouvernance et de la démocratie. Or, Il y a eu des groupes qui se sont sentis exclus, et qui ont exprimés leurs frustrations. On se demande déjà comment ces recommandations seront-elles acceptées par tous, opposables à tous et exécutoires sans qu’il y ait rejet de celles-ci par les exclus ?

Le problème de fond demeure celui de la cohésion nationale et quand cette cohésion manque, cela veut dire que le pays est éclaté. Et pour résoudre cet éclatement, il faudrait mettre en place un groupe non éclaté qui a l’assentiment du peuple, un groupe qui soit tellement représentatif que le peuple se reconnait en lui. Tel n’a pas été le cas, malheureusement.

Déjà en lisant les recommandations, on se rend bien compte qu’il s’agit-là, pour la plupart, d’une grande montagne faite du « déjà entendu » dans tous les débats télévisés. Une très longue liste des bonnes intentions qui viendra s’ajouter à un tas d’autres qui pourrissent dans les tiroirs de l’Exécutif.

Nous rappelons, pour finir, qu’en 1990, il y a eu la « Conférence Nationale Souveraine », cette rencontre qui s’est étalée sur une année et demi et qui avait réuni toutes les têtes couronnées du pays, toutes les couches de la population, toutes les régions et la diaspora du Zaïre, avait engendré toute une pile des recommandations non encore exécutées suite à la décision du Président Mobutu de suspendre la CNS à cause de deux dossiers sensibles : Biens mal acquis et assassinat.

Question : Avant de convoquer les concertations nationales, s’est-on donné la peine de revisiter la pile des « Résolutions et les Acquis de la Conférence Nationale Souveraine »? A part ce gros dossier de la guerre du Congo (et non pas seulement de l’Est !), je parie qu’il y a beaucoup de sujets traités aux concertations qui ont déjà été traités là-bas, voire même plus. Cela comme pour donner raison à celui qui a dit : « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil ».

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