Rutshuru : Après la guerre, non aux règlements de compte

Ayant soi-disant « travaillé » avec l’occupant. Un dialogue inter-communautaire organisé jeudi dernier appelle à la concorde et condamne la justice populaire.

m23 rebels in rutshuruMichel Magenda, chef de cité de Kiwandja (70 km environ de Rutshuru au Nord-Kivu), se veut magnanime : « Le pardon est divin. Personne n’est parfait sur Terre. Tout le monde fait des erreurs. C’est pourquoi nous devons être indulgents envers nos frères et sœurs qui ont travaillé aux côtés du M23 et qui sont aujourd’hui cachés, calfeutrés dans leurs maisons ou réfugiés dans la base de la Monusco. » Ces paroles, il les a prononcées lors d’un dialogue entre communautés et avec la jeunesse organisé jeudi 31 octobre dernier par les autorités. Ces dernières voulaient évoquer le cas de ces habitants qui ont œuvré dans l’administration du M23 entre fin juillet 2012 et le 27 octobre dernier, jour où les Forces armées de la RDC (FARDC) ont chassé la rébellion de ce territoire.
Dans la foulée de ce retrait, règlements de compte et faits de justice populaire n’ont pas tardé. « Des jeunes, munis de pierres et de bâtons sont venus chez moi en pleine journée, m’accusant de cacher des éléments du M23. Dieu merci, j’ai réussi à fuir en passant par la fenêtre ! », raconte une femme, interviewée alors qu’un véhicule de la Monusco l’évacue vers Goma pour sa sécurité. Compagne d’un des officiers du M23, elle est accusée par les jeunes de son quartier d’avoir récupéré et gardé des biens pillés par la rébellion. « Comme moi, toutes les concubines des rebelles sont en danger », s’inquiète-t-elle. Pressentant le risque, les autorités appellent la population au calme. Julien Paluku, gouverneur du Nord-Kivu, accueilli par une foule en liesse le 28 octobre dernier à Kiwandja, a déclaré : « Vous avez le droit de vous réjouir, mais vous n’avez pas le droit de vous rendre justice. Laissez les agents de l’ordre faire leur travail et vous, restez unis après ce dur moment passé sous la rébellion. »
Lors de la réunion intercommunautaire de jeudi dernier, Jason Dawiha, représentant de la communauté hutu, a tenu à lever l’équivoque, demandant notamment aux Maï-Maï de déposer les armes plutôt que de s’acharner sur des proches du M23 : « Nous devons nous rappeler que les jeunes qui ont servi sous les ordres du M23 n’avaient souvent pas le choix. Ils étaient obligés de travailler sous peine de risquer leur vie. C’est le cas des enfants enrôlés de force. Méritent-ils une punition ? » La majorité des participants semblent prêts à pardonner à ces civils qui se sont rapprochés de la rébellion et se terrent aujourd’hui, dont certains à la base de la Monusco. La force de l’Onu n’a d’ailleurs pas souhaité communiquer de chiffres à ce propos.

Priorité : développer Rutshuru

Michel Magenda rappelle que Rutshuru reste un territoire sinistré après ce conflit. Les traces de la guerre sont visibles : maisons en ruines, boutiques pillées, etc. Sur la route principale, on peut voir les restes de véhicules de combat bombardés ou qui ont brûlé lors d’échanges de tirs. Des enfants y jouent déjà… Des militaires passent, déployés vers les collines de Mbuzi, Chanzu et Runyonyi où sont encore retranchés des soldats du M23. Depuis notre reportage, le ministère de la Communication a déclaré mardi dernier (5 novembre) avoir obtenu une « victoire totale » en enlevant également ces dernières poches de résistance.
Plutôt que les représailles, la remise au travail est vivement encouragée. Joseph Patient, chargé des affaires civiles à la Monusco, soutient devant l’assemblée de personnes réunies que « l’heure n’est pas à la chasse aux sorcières, mais à travailler main dans la main, car il faut développer Rutshuru », menaçant ceux qui voudraient se venger de poursuites en justice.
A la fin de ces assises, les participants ont délégué différents leaders présents pour aller au-devant de ceux qui se cachent pour les inciter à reprendre sans crainte une vie normale. « C’est une leçon pour eux. Je crois qu’à la prochaine occasion, ils ne pourront pas accueillir la rébellion à bras ouverts », souligne Jean Kambale, un jeune habitant. Mais, personne ne souhaite qu’il y ait une autre occasion.

Mustapha Mulonda

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