Rwanda-RD Congo : Le retour de la paix renforce le commerce entre Gisenyi et Goma

Le retour de la sécurité à l’est de la RDC fait la joie des vendeuses de fruits et légumes et des maçons rwandais. Ils traversent désormais sans inquiétude la frontière pour faire leurs affaires. Tout comme les Congolais qui viennent vendre chaussures, vêtements et petits outils à Gisenyi. La paix profite à tous.

Goma et Gisenyi
Goma et Gisenyi

Très tôt le matin les commerçantes rwandaises de Gisenyi (Ruvabu) à l’ouest du Rwanda affluent nombreuses vers Goma à l’est de la République démocratique du Congo. Elles portent des bassines ou des sacs remplis de légumes ou de fruits. Des hommes en salopettes, avec de petits sacs aux épaules contenant marteaux et matériels de construction, arrivent aussi dans l’espoir de trouver un chantier où ils pourront travailler pendant deux, cinq mois, une année ou plus « si la sécurité ne fait pas défaut », comme l’expliquent la plupart d’entre eux. Depuis la reddition du M23 début novembre, ces échanges transfrontaliers sont plus florissants que jamais.
Dans le commerce, ce sont surtout des femmes, côté Rwanda ou RDC. Les Rwandaises préfèrent vendre en RDC pour éviter les lourdes taxes au Rwanda. « Ici on demande plus de taxes. Parfois ce n’est pas à notre hauteur et on travaille à perte », fait remarquer cette femme de Gisenyi qui laisse la responsabilité de la famille à sa fille ainée (8 ans) quand elle part chercher de quoi les nourrir tous. « Là bas, c’est notre eldorado. On paye bien. Parfois on peut gagner le double de ce qu’on gagnerait chez nous », complète Dancille Nyiramahirwe de la même région. Pour Marcel Kalebo, un Congolais rencontré à Gisenyi, c’est normal que le commerce des produits alimentaires marche bien à Goma car les régions fertiles de l’Est de la RDC sont depuis longtemps sous-exploitées à cause de l’insécurité ou de l’occupation des lieux par des rebelles, ce qui n’a pas permis aux gens de s’occuper de leurs terres. « Gisenyi étant très proche de nous (quelques mètres séparent les deux villes, Ndlr), on est sûr du moins qu’on ne peut pas manquer de fruits, viandes ou légumes quand on de l’argent ».
Mais les mouvements ne sont pas à sens unique. « Mon épouse traverse chaque matin la frontière pour venir vendre des chaussures, de la vaisselle et de la friperie au Rwanda. Le soir elle rentre à Goma avec des légumes, des fruits et de la viande que nos deux filles revendront le matin sur le marché », précise un professeur de mathématiques congolais. Des Rwandais venant de Kigali ou de Ruhengeri viennent même acheter ces chaussures car elles ne sont pas chères. D’autres Congolais vendent de petits outils mécaniques (tournevis, pinces…).
Sembagare de Gisenyi a décidé lui d’aller vendre ses bras de maçon au Congo. « Sur les chantiers il y a beaucoup de gens. Quand je vais là, je suis sûr de gagner entre 5 et 8 $ par jour difficilement trouvables sur des chantiers rwandais. » Les bâtiments nombreux à pousser en ville et la reconstruction en dur des maisons en planches, explique, selon Sembagare, le besoin de main d’œuvre qui pousse les Congolais à embaucher des Rwandais sur les chantiers.

Vive la sécurité
Depuis la défaite du M23, tout se passe bien mais le commerce marche mal quand l’insécurité règne dans certaines régions de l’Est de la RDC. « Dernièrement quand il y avait des combats avec le M23, on hésitait à aller à Goma « , souligne Jules Mbaraga de Gisenyi, étudiant à Goma. Selon lui, parfois ils étaient mal vus et les autorités de Gisenyi les exhortaient de ne pas s’aventurer de l’autre côté de la frontière. « Mais, se félicite-t-il, quand l’insécurité cesse, on dirait qu’il ne s’est rien passé. » « Quand la situation sécuritaire n’est pas bonne nous sommes défavorisés, parce qu’avec les prix d’ici, je ne gagne presque rien. Quand la paix règne nos poches sont aussi sécurisées », ironise Jacqueline Nyirabasabose, une habitante de la ville.
Ces échanges concernent aussi des produits interdits comme le chanvre dont des quantités sont régulièrement saisies en provenance de Rubavu. Des hommes bandent des sacs sur leur corps, des femmes en cachent sous leurs pagnes, dans leurs soutiens gorge, leurs pantalons… qui sont pris en flagrant délit disent qu’ils l’achètent au Congo et le revendent à Kigali où, vu le nombre de personnes attrapées en provenance de tous les coins du pays, le marché, pour cette drogue, semble rentable.

Fulgence Niyonagize
Toto Kyanda

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