Sud-Kivu : Payer pour avoir un emploi ou le garder

Payer son futur employeur pour se faire embaucher, promettre une partie de son salaire pour garder son job : ces pratiques sont devenues très courantes au Sud-Kivu et ailleurs en RD Congo. Mais par peur de perdre son travail, très rares sont ceux qui en parlent.

palais de justice de bukavu« Chef, si tu me confies ce boulot, mes deux premiers salaires te reviendront d’office », promet au téléphone, ce mardi de novembre un jeune gradué d’Uvira, au Sud-Kivu, au chômage depuis plus d’un an. Il a, en plus, déjà envoyé de nombreuses cartes de téléphone à cet éventuel employeur avec qui il a eu plusieurs rendez-vous.
Actuellement, ceux qui cherchent un emploi promettent sans compter pour obtenir un poste. Une pratique qui a pris de l’ampleur ces derniers temps et qui apparaît « normale » à de nombreux patrons. Ainsi cet ancien directeur provincial d’un service public a-t-il été obligé d’envoyer argent et autres cadeaux en nature à ses supérieurs jusqu’à son directeur général à Kinshasa, la capitale. « Je faisais la même chose même à certains membres de leurs familles dans le seul but de gagner plus de confiance. En échange, il me gardait à mon poste », témoigne-t-il avec amertume. Malheureusement, ajoute-t-il, quelques mois après avoir arrêté de le faire, j’ai perdu mon poste.
Le travail revient ainsi aujourd’hui non pas au plus compétent mais souvent au plus offrant. La corruption gangrène des secteurs aussi divers que l’administration publique, les entreprises et de nombreuses Ong .Pour les diplômés déversés chaque année sur le marché de l’emploi, l’embauche se joue ainsi de plus en plus sur les moyens.

Silence sur ces pratiques
Donner au chef de l’argent ou une partie de son traitement tend aussi à devenir une habitude pour garder son job surtout si le salaire augmente. Biringanine Chance a tout fait pour son supérieur afin qu’il le reprenne sur la liste des nouveaux ouvriers d’une société brassicole du Sud-Kivu. « Je ne supporte pas le système de rotation (système consistant au changement des travailleurs journaliers après un mois de travail, Ndlr) des ouvriers que l’entreprise planifie. C’est pourquoi je préfère utiliser le peu de moyens en ma possession pour ne pas en faire l’objet », avoue-t-il. « Aujourd’hui, je fais de mon mieux pour protéger mon job. Car, explique Andy Kibasomba, aujourd’hui gardien à Bukavu. Le jour où j’ai perdu mon premier poste de percepteur ça m’a surpris et choqué. »
Pourtant, la constitution de la RDC dispose que le travail est un droit et un devoir sacrés pour chaque Congolais. « L’Etat garantit le droit au travail, la protection contre le chômage et une rémunération équitable (…). Nul ne peut être lésé dans son travail en raison de ses origines, de son sexe, de ses opinions, de ses croyances ou de ses conditions socio-économiques », dit l’article 36.
Mais rares sont les courageux qui parlent de ces pratiques de corruption, essentiellement lorsqu’ils ont perdu leur boulot, et surtout pas avant. Selon un proche de l’inspecteur du travail d’Uvira, les travailleurs encouragent ces pratiques en gardant secrètes. Heureusement certains partons ne se laissent pas corrompre constate Martine Mulumederhwa, animatrice d’une structure de la société civile : « Il y en a de dignes et nobles qui font leur boulot sans complaisance et privilégient la compétence ».

Fidèle Mutchungu

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