Goma : véhicules assurés au Rwanda, moins de tracasseries en RD Congo

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Depuis trois ans, les habitants de Goma au Nord-Kivu, propriétaires de véhicules immatriculés en RD Congo, sont de plus en plus nombreux à souscrire des contrats d’assurance au Rwanda pour éviter les tracasseries de la police de circulation routière congolaise.

Ranconnement a Bukavu

Il est 16 heures sur la route qui longe la magnifique plage de sable fin de Gisenyi, à l’ouest du Rwanda. Le long cortège nuptial, dont les belles jeeps sont immatriculées en RD Congo, s’ébranle lentement avant de s’arrêter dans un espace vert pour prendre des photos des mariés. Ces jeeps appartiennent à des Congolais de la capitale provinciale du Nord-Kivu qui les louent pour des mariages ou des courses à Kigali, un marché en pleine expansion. Ces loueurs souscrivent de plus en plus leurs contrats d’assurance au Rwanda car ils y sont plus avantageux et cela leur évite les tracasseries des policiers de roulage congolais.
Au Rwanda, le prix de la cotisation annuelle est trois fois moins cher qu’en RD Congo (135 à 140 $ pour une jeep) ; l’indemnisation se fait dans la transparence et dans les délais prescrits. Pour les assurances du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa) aussi, les Congolais de Goma préfèrent également passer par des sociétés rwandaises plutôt que par l’unique Société nationale d’assurance (Sonas) de leur pays. Ces assurances Comesa permettent aux citoyens de dix-neuf Etats membres de circuler librement à bord de leurs véhicules au sein de la sous-région.

Mal vus, mais respectés
Les véhicules assurés au Rwanda, où le secteur des assurances a été libéralisé en mai 1982, ne font pas l’affaire de la police de Goma. « Peut-on demander madesu ya bana (des haricots pour les enfants, Ndlr) à quelqu’un qui est en ordre ! », s’insurge un policier commis au rond-point de l’Instigo, où la circulation routière est le plus souvent bloquée à Goma. Des embouteillages souvent plus liés aux tracasseries policières qu’à la densité du trafic. Mais les automobilistes dont le pare-brise porte une vignette du Rwanda ne sont eux jamais arrêtés.
En RD Congo, la Sonas a le monopole des assurances. La Fédération des sociétés d’assurances de droit national (Fanaf) est cependant favorable à une libéralisation de ce secteur à travers la mise en place d’un cadre réglementaire, l’instauration d’un système de contrôle indépendant et la formation des cadres.
Les nostalgiques de la Société congolaise d’assurance et de réassurance (Scar), créée pendant la rébellion du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) et fermée en 2003 par le gouvernement, ont été les premiers à assurer leurs biens au Rwanda. Leur satisfaction a eu un effet de contagion auprès d’autres Congolais au point que certains ne cachent plus leur crainte de voir les assureurs rwandais rafler le marché des assurances à Goma et Bukavu, deux métropoles de l’Est où la Scar avait ouvert d’emblématiques bureaux.
Assise sur deux volcans qui peuvent se réveiller à tout moment, la ville de Goma vit sous une menace permanente. Certaines personnalités locales assurent donc aussi leurs biens au Rwanda en souscrivant des contrats « multirisques habitation », qui couvrent les dégâts dus aux catastrophes naturelles – éruption volcanique, tremblement de terre, inondations ou glissement de terrain – fréquentes dans la région. Même si l’état de catastrophe naturelle doit être constaté par un arrêté interministériel.